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Noé, la relecture biblique d'Aronofsky

Mercredi, 9 Avril, 2014 - 16:55 (Dernière maj : mer, 09/04/2014 - 16:55)
Noé, la relecture biblique d'Aronofsky
Crédits image : Paramount
Adaptation de sa bande dessinée, le Noé d’Aronofsky arrive aujourd’hui dans les salles obscures. Que faut-il penser de cette relecture biblique qui divise ? Le verdict !

Rares sont les films qui me laissent aussi perplexe en sortant d’une salle. Pas de tweet cette fois pour résumer mon avis en 140 caractères. Silence complet, je ne savais quoi dire. Noé laisse sans voix, septique, avec un arrière-gout mêlant autant déception et satisfaction.

Noé n’est pas une adaptation du bref passage biblique lié à l’Arche, le déluge et son héros sauveur des différentes espèces animales. C’est l’arrivée sur grand écran de la bande dessinée de Darren Aronofsky et Niko Henrichon. De fait nous avons la réponse à une interrogation légitime. Ce film du réalisateur de Black Swan n’est pas une commande faite par un gros studio, en l’occurrence la Paramount, mais bel et bien un projet personnel, ambitieux et spectaculaire d’un auteur singulier aux films étonnants et désarmants.

Noé est un descendant de Seth, un des trois fils d’Adam et Ève. Il vit avec sa famille dans un monde hostile ravagé par la cruauté de l’homme et des descendants de Caïn. Dans ce monde, le Créateur n’est pas une croyance, il est concret. Il parle à Noé lors d’un rêve et lui demande de construire une Arche pour sauver chaque espèce animale. Le déluge arrive, la folie de l’homme doit cesser. Aidé par les Veilleurs, des anges déchus devenus golems de pierre, il va faire face à son destin malgré l’hostilité ambiante, avec une question : l’homme doit-il également être sauvé ?

Aronofsky n’est pas à ses débuts en matière de réflexion religieuse (The Fountain) mais il va plus loin dans Noé avec la volonté affirmée de proposer une fresque biblique d’un genre nouveau. Ce sujet est des plus sensibles au cinéma et beaucoup n’adhèreront pas à ce message fortement connoté.

Qu’on l’accepte ou non, il faut s’y faire, Noé propose une lecture du court passage de la bible dédiée au déluge, le revisite, se l’approprie, provoquant les levées de bouclier que nous connaissons aujourd’hui. Il faut bien le reconnaitre, son sujet rend la perception de ce film vraiment délicate, son appropriation dépendante des croyances des uns et des autres.

Laissons de côté sa lecture pour se pencher sur ce qu’il est vraiment : une grosse production hollywoodienne indéniablement singulière.

Aronofsky a parfaitement relevé ce défi, son Noé ne ressemble à rien de déjà vu, mélange de film intimiste et engagé, de film spectaculaire, de grande épopée avec un zeste de huit clos. Décidément, rien d’ordinaire. On pourra savourer la mise en scène experte de son réalisateur, avec des scènes diablement spectaculaires, de superbes paysages et une volonté de rendre l’ensemble sombre et oppressant. Ce monde n’a rien de bon, doit disparaitre et tout nous pousse à le rejeter : jeu des couleurs, musique, austérité des décors, laideur des corps.

Malheureusement pour Aronofsky, l’ensemble est très inégal. Un sujet aussi délicat impose une distance, une méfiance quasi constante entre l’œuvre et le spectateur. Rentrer dans Noé s’avère être un véritable défi, chose accentuée par un rythme saccadé, une seconde partie de film pénible, des simplicités scénaristiques et des incompréhensions.

Le film souffre aussi grandement d’un vrai problème de casting. Si Russell Crowe est excellent, tout comme Jennifer Connelly, le reste fait pâle figure. Ray Winston respire la caricature, malgré son grand talent, de même pour Anthony Hopkins. Madison Davenport apparait comme un rayon de soleil, trop bref. Les jeunes icônes ne s’imposent pas, au contraire : elles souffrent de leurs pesantes étiquettes. Ainsi, Emma Watson ne se soustrait jamais de son image d’Hermione, là où Sofia Coppola lui avait offert une seconde vie dans The Bling Ring. Le spectateur ne voit que Percy Jackson en Logan Lerman.

Et que dire de Douglas Booth (photo) ? Il a sans aucun doute le rôle le plus fade du film, celui d’un fils ainé transparent, d’un bel étalon loin d’être à sa place.

Aronofsky semble alors voulu réaliser l’impossible, rendre cohérent une distribution qui ne l’est pas du tout et qui désavantage grandement son film.

Au final, Noé nous laisse pantois. Ni bon ni mauvais, il offre déluge et miracle, mais a au moins le mérite d’aller où il le veut, sans hésiter et sans nous priver de spectacle. 

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