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Muscène : Tarantino & Stealers Wheel

Mardi, 18 Mars, 2014 - 09:26 (Dernière maj : ven, 28/03/2014 - 14:00)
Muscène : Tarantino & Stealers Wheel
Le principe est simple : nous allons nous attacher dans cette rubrique à mettre en relation deux aspects indissociables au cinéma, une musique et sa mise en image. Une façon différente de vous faire découvrir réalisateurs, films, compositions, interprètes…tout en essayant de mieux comprendre leurs relations.

Pour ce premier opus, l’enthousiasmant Quentin Tarantino me semble représenter un bon sujet d’étude avec son premier long métrage « Reservoir Dogs » sorti en 1992 juste après son projet resté inachevé « My best friend’s birthday ».

Quentin Tarantino est un bel exemple de pur cinéphage. Son œuvre n’est qu’hommage et clin d’œil au cinéma qu’il chérit. Le 7ème art a toujours été sa passion, pas étonnant qu’il se retrouve en 1983 à exercer ses  talents dans un vidéo club : "Video archives". Déjà connaisseur du cinéma  Américain, il va étendre sa culture, découvrir et aimer des  réalisateurs comme Jean Luc Godard, John Woo ou encore  Eric Rohmer. Une période particulièrement importante dans sa vie puisque c’est à cette époque qu’il rencontre Roger Avary, coscénariste de "Pulp fiction" et de "True romance".

Mais arrêtons nous là sous peine d’être accusés de recracher sans vergogne une page souvent indigeste de Wikipédia.

Après un braquage qui tourne mal, les cambrioleurs ont des comptes à régler et se retrouvent dans leur planque pour tenter de découvrir le fin mot de cette histoire ratée. Après moult discussions, la prise en otage d’un flic et la lente agonie de Mr Orange (Tim Roth) blessé durant leur fuite, Mr Blonde, un vrai taré, (prodigieux Michael Madsen) se retrouve seul avec l’otage saucissonné à une chaise.

Les inconditionnels de Tarantino en général et de Réservoir dogs en particulier saisissent très bien de quoi je parle, ils visualisent la scène, entendent la musique. Dites moi que vous le voyez ! Mr Blonde s’avance un rasoir à la main tout en se dandinant sur le merveilleux "Stuck in the middle with you" des Stealers Wheel. "Oui je suis coincé au milieu avec toi et je me demande ce que je dois faire. C’est tellement dur de garder ce sourire sur mon visage" chantent les écossais tandis que Mr Blonde taillade allègrement le visage du malheureux policier pour lui en dessiner un.



Il paraît que pour faire comprendre au spectateur la noirceur d’un homme, il faut montrer sa part de folie à travers des moments de gentillesse simulées ou d’exaltation à faire souffrir. C’est en cela que cette scène du cinéma de Tarantino est un pur joyau. Pendant tout le film nous entendons Mr Blonde parler ou plutôt aboyer sans jamais mordre. Mais le moment ou il passe à l’action est d’une violence inouïe et il choisit en opposition une musique folk rock entrainante pour l’accompagner.

La musique des Stealers Wheel est dite diégétique car incorporée à la scène, elle n’a pas qu’un but esthétique, elle participe à l’aspect émotionnel en réalisant un "contrepoint". La mélodie contribue à la narration en contrariant l’aspect abject ou magnifique d’une scène en étant à l’opposé de ce que l’on voit à l’écran.

L’exemple le plus parlant pour expliquer cette figure de style est : un air doux et mélodieux sur une image d’explosion nucléaire. Stanley Kubrick l’a magnifiquement mis en application dans son chef d’œuvre "Dr. Strangelove".



La musique crée un décalage entre les atrocités commises par Mr Blonde et l’énergie positive transmise par le rythme de "Stuck in the middle of you" même si les paroles sont plutôt à connotation négatives. "J’essaie de donner un sens à tout cela. Mais je vois que cela n’en a pas. Est ce que c’est cool d’aller dormir par terre ? Parce que je ne pense pas que je puisse en supporter davantage".


Deux ans plus tard Quentin Tarantino réalise ce que beaucoup d’entre nous considèreront comme son chef d’œuvre, "Pulp fiction". Le génie est productif et fait mouche à chaque fois.

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