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Le Crocodile du Botswanga - Une mâchoire sans mordant

Mardi, 18 Mars, 2014 - 15:01 (Dernière maj : ven, 28/03/2014 - 12:21)
Le Crocodile du Botswanga - Une mâchoire sans mordant
Le deuxième film du duo comique formé par Thomas Ngijol et Fabrice Eboué passe au détecteur de copier-coller de Crushover. Et il n'arrête pas de biper !

On parle souvent de la difficulté du deuxième album pour un groupe de musique, notamment lorsque le premier a connu un grand succès. Va-t-il réussir à se renouveler ? Doit-il rester dans le même style musical et l’approfondir ? Cette problématique ne se pose pas vraiment pour un réalisateur. Il peut s’essayer à différents genres librement tandis qu’un groupe de rock pourra difficilement virer vers le rap sans perdre ses fans au passage. Toutefois, dans la musique comme au cinéma, copier son propre travail (avec moins de talent et sans innover) n’est pas un gage de qualité.

"Critique encore une fois mon film et je te donne à manger à mes crocodiles."

Après le succès de Case Départ en 2011, le premier film de Thomas Ngijol et Fabrice Eboué qui a tout de même fait  1 800 000 entrées en France, le duo découvert au Jamel Comedy Club rempile avec une nouvelle comédie : Le Crocodile du Botswanga.

Le « Président de la République du Botswanga » Bobo Babimbi (Thomas Ngijol)- un dictateur mégalomane en réalité - tente de convaincre l’agent Didier (Fabrice Eboué) de faire entrer son joueur de football Leslie Konda (Ibrahim Koma) dans l’équipe du Botswanga plutôt qu’en équipe de France.

Bien que l’action se déroule dans un pays imaginaire cette fois-ci, les deux comiques abordent peu ou prou les mêmes sujets (le racisme et les stéréotypes) en y ajoutant une grosse louche de parodie. Le dictateur/président Bobo s’étouffe dans sa propre paranoïa et mégalomanie, l’agent Didier est un raté malgré ses apparences d'homme d'affaires couronné de succès, et le footballeur Leslie est un gentil garçon mais complètement fermé aux plaisirs de la vie à cause de sa religion. Tout le monde en prend pour son grade, et c’est bien là que l’on retrouve ce qui a fait le succès du duo comique, sa liberté de ton. 

Thomas Ngijol et Fabrice Eboué se moquent  de tout ce qu’ils touchent : des religions, de notre vision de l’Afrique noire et de ses conflits interethniques ridicules, de la France coloniale aujourd’hui mélancolique… Comme de nombreux comiques, ils s’imprègnent des maux de notre société actuelle pour mieux les détourner. Simple et (souvent) efficace, sauf si l’on a déjà fait un film dans la même veine et que la surprise est passée.

"Je vais te manger tout cru"  pense la  jeune vierge à son ami ayant fait voeu de chasteté

Car, en l’état, Le Crocodile du Botswanga apparaît comme une redite de Case Départ, le vent de fraîcheur en moins. Cette liberté de ton est toujours appréciée mais moins percutante. Le duo ne veut froisser personne et cherche à toucher le plus grand nombre pour engranger les €. Alors on se moque courageusement d'anciens colons qui auraient aimé que l’Algérie reste française. On se moque courageusement des religions en détournant ses fameux clichés : l’agent Didier porte une étoile de David pensant que cela va aider son business, le joueur catholique Leslie ne veut pas goûter aux plaisirs de la chair avant le mariage même s’il rêve de belles poitrines. Et les mulsumans dans tout ça ? On ne les oublie pas et on ajoute une rapide scène au générique !..

Assez plat et prévisible, Le Crocodile du Botswanga est une comédie sentant fort le déjà-vu. La prochaine fois, Thomas Ngijol et Fabrice Eboué, posez vos couilles sur la table et rentrez violemment dans le lard de ceux dont vous vous moquez. Car vouloir plaire à tout le monde, c’est prendre le risque de ne plaire à personne.

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