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Hurricane quitte le ring

Dimanche, 20 Avril, 2014 - 21:40 (Dernière maj : dim, 20/04/2014 - 21:42)
Hurricane quitte le ring
Le boxeur américain Rubin Carter est décédé ce dimanche. Bien malgré lui, il a tristement marqué l’histoire d’une Amérique torturée. Retour sur la vie d'un symbole.

Hurricane, le boxeur

Boxeur afro-américain né en 1937, Rubin Carter était un ancien délinquant devenu talentueux poids moyen, craint, mais sans grand titre. Son plus grand fait d’armes sur le ring fut d’avoir mis KO le futur champion du monde Emile Griffith, célèbre pour avoir conquis sa ceinture en conduisant à la mort son adversaire du jour, Benny Paret, réagissant à des insultes homophobes. 

Si le monde de la boxe se souvient de Rubin Carter pour être un gros cogneur, amoureux des KO (ce qui lui vaudra le surnom de Hurricane, l’Ouragan), toute l’Amérique s’en souvient pour une tout autre raison, bien sinistre.

Hurricane, le condamné

En 1966, lui et un ami, John Artis, sont accusés du meurtre de trois blancs dans le New Jersey. Sans preuve concrète, se basant sur de simples témoignages largement mis en doute lors du procès, les deux hommes sont condamnés à la prison à vie par un jury exclusivement constitué de blancs. Dans une Amérique tiraillée par le racisme et la ségrégation, cette condamnation a fait grand bruit, provoquant une indignation forte, mais aussi des scènes de joie, symbole d’un pays profondément divisé.

Jusqu’en 1988, ses avocats vont tout tenter pour le faire libérer, s’appuyant sur les rétractations des témoins, l’incohérence de leurs différentes versions, mais la justice américaine a souvent fait preuve de non-sens, attisant un peu plus la colère de ceux qui ne pouvaient qu’y voir une décision influencée par le racisme. En 1976, les deux hommes sont libérés sous caution. En 1988, Carter bénéficie d’un non-lieu, mais jamais la justice ne reconnaitra son erreur.

Rubin Carter et Bob Dylan

Hurricane, le symbole

Le fin mot de l’histoire ne sera jamais connue, mais là n’est pas le plus important, Rubin Carter a été pris dans un ouragan qu’il ne pouvait contrôler, condamné sans preuve, considéré ensuite comme innocent par l’opinion sans que la justice ne tranche. C’est le symbole qui a marqué, la condamnation, sa résonnance, son légitime rejet.

Carter est devenue une des figures de l’oppression, de la ségrégation, de l’injustice, un combat pour les militants d’une Amérique nouvelle, ouverte, égalitaire, rejetant le racisme, le puritanisme étriqué teinté de blanc.

Ses soutiens furent nombreux et souvent célèbres, à l’image de Mohammed Ali. La presse s’est également montrée très impliquée. De nombreux ouvrages évoquent l’affaire, comme ceux de Lesra Martin.

L’histoire de Hurricane a ébranlé la classe politique et a également marqué les artistes, comme Joan Baez, mais les plus célèbres sont sans aucun doute l’actrice Candice Bergen (qui a permis de récolter la caution) et Bob Dylan qui lui écrivit une chanson en 1975, sobrement appelée « Hurricane ».

Hurricane, le film

Même après sa libération, l’affaire Carter n’a pas cessé d’intéresser. En mars 2000 est ainsi sorti chez nous le film « Hurricane Carter » de Norman Jewison, avec Denzel Washington, John Hannah et Liev Schreiber.

Denzel Washington dans "Hurricane Carter"

Le film a reçu un accueil très mitigé aux États-Unis, s’écartant de nombreux faits et ne prenant pas en compte tous les aspects de l’affaire. En lui-même, le film s’avère très prenant et nous a permis de voir encore une fois un Denzel Washington magistral et habité. En dehors de la polémique sur la véracité des faits présentés à l’écran, c’est un film qui mérite, à mon sens, d’être vu.

Hurricane, l'adieu

Rubin Carter était depuis les années 90 à la tête de l’Association de Défense des Condamnés à tort. Il est décédé à la suite d’un cancer à l’âge de 76 ans. Les réactions sont nombreuses et émues ce soir. 

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