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Critique : Jurassic World

Mercredi, 10 Juin, 2015 - 18:08 (Dernière maj : mar, 14/07/2015 - 16:21)
Critique : Jurassic World
Crédits image : Universal
Après quinze ans d'absence, les dinosaures de Jurassic Park reviennent.

Difficile de passer après Jurassic Park premier du nom. Le film de Steven Spielberg, sorti en 1993, a marqué les esprits, notamment chez de nombreux gamins dont je fais partie. Démonté par beaucoup, Le Monde Perdu s’est avéré être une suite digne, ne cherchant pas à se caler sur le schéma du premier et s’appuyant sur la même équipe (Spielberg à la caméra, Koepp au scénario, Crichton pour le roman). Le troisième volet a été la première fausse note d’une saga déjà culte : invraisemblable, il tente vainement de tuer le père en se prenant les pieds dans le tapis, allant jusqu’à trainer dans la boue le symbole fort de Jurassic Park, le T-Rex, au profit d’une surenchère regrettable.

Jurassic World arrive donc quinze ans après. Chargé de ce quatrième opus, Colin Trevorrow marche donc sur des œufs tout en sachant qu’il peut difficilement faire pire que son prédécesseur. Le plus délicat avec Jurassic Park est de se renouveler. Trevorrow a donc décidé de ne pas le faire, préférant rendre hommage au modèle sans jamais avoir la prétention de l’égaler. A-t-il réussi ?

Jurassic World est un parc florissant, construit sur les vestiges du premier et l’île initiale, Isla Nublar. Les visiteurs sont nombreux mais le public est en quête constante de nouveautés. « Le Stegosaure n’est plus qu’un éléphant » déclare ainsi Claire, directrice du parc. Il faut donc innover, créer pour terrifier : un nouveau dinosaure a ainsi été conçu, l’Indominus Rex, plus fort, plus intelligent, plus rapide, et bien évidemment, incontrôlable. Le parc échappe alors à ses créateurs, laissant ses hôtes face au danger, et notamment Owen, ancien de la Navy tente de dompter des raptors.

Le point de départ de ce Jurassic World avait de quoi inquiéter : un super dinosaure, des Raptors dociles, des effets spéciaux numériques, un Chris Pratt visiblement lourdaud. Le film s’en sort finalement bien mieux et nous voilà face à un Jurassic World effaçant sans difficulté le douloureux Jurassic Park III. Pourtant, le film s’avère loin d’être parfait.

Ne vous attendez à aucune surprise : le scénario est d’un classicisme éculé, les ficelles sont évidentes, certains clichés sont au rendez-vous (méchant formaté, geek pataud et moralisateur, adolescents stéréotypés). Le spectateur ayant peu d’atomes crochus avec la saga assistera alors à un film américain spectaculaire, efficace mais bien trop conventionnel, de quoi en décevoir plus d’un. Ajoutons à cela que la promotion du film en a bien trop révélé : les bandes annonces spoilent comme rarement et le synopsis dévoilé et commenté par le réalisateur ne laissait guère de place à l’étonnement, vous permettant même de deviner les derniers plans de la fin avant même d’arriver au dernier tiers. Néanmoins, le scénario diffuse un message intéressant : le public cherche toujours plus, l'Indominus est alors le fruit de cette surenchère souhaitée. Il peut être perçu comme une métaphore du Hollywood actuel et de sa problématique : impressionner toujours plus, quitte à se perdre en route et foncer dans le mur. 

Les inquiétudes sur les effets spéciaux s’envolent vite. Même si nous sommes loin des animatroniques du premier, les dinosaures sont réussis même si on regrettera la faible place occupée par les herbivores, ce que Spielberg avait brillamment réussi à éviter.

Au niveau du casting, Chris Pratt s’avère finalement plutôt juste mais c’est Bryce Dallas Howard qui s’en sort le mieux, incarnant une femme dépassée mais forte, un paradoxe quand on connait la polémique sur son rôle suscitée après la diffusion d’un extrait maladroit la présentant comme l’objet sexuel convoité par le héros. Seule fausse note, et de taille : B.D. Wong est à des années lumières de son rôle dans le premier, pantin d’un Vincent d’Onofrio anecdotique, à l’image d’Omar Sy.

Pour l’amoureux du premier Jurassic Park, un autre regard est porté sur ce nouveau film. Colin Trevorrow ne cherche aucunement à dépasser le modèle. Peu expérimenté, il n’en a pas le talent et il le sait. Il se lance alors dans un film hommage bourré de clin d’œil et séduisant.

L’adoubement du fan est recherché à l’extrême : la musique est la même (malgré le changement de compositeur), certains plans du premier se retrouvent dans ce Jurassic World, certaines scènes reprennent un schéma déjà utilisé par Spielberg (les enfants perdus dans la jungle, recherchés en jeep), certains éléments en fond ne sont là que pour le fan-service (Monsieur ADN, la chambre des œufs, la jeep d’Harding, le hall du premier parc, les lunettes de Tim…). Tout ceci est excessif mais fonctionne, notamment parce que le film corrige certaines erreurs du précédent.

Trevorrow nous permet aussi d'être les témoins de ce que nous n'avions jamais vu : un parc qui fonctionne, ses attractions spectaculaires ou charmantes (les montures Tricératops). 

Transparait alors une évidence : c’est un film réalisé par un fan, pour les fans. Le revers de la médaille est néanmoins là : en voulant marcher dans les pas du modèle, Jurassic World ne prend jamais son envol, problématique pour les suites déjà annoncées. 

Jurassic World : 3,5/5

Sans surprise, convenu, bourré de placements de produits agressifs, mais efficace, ce Jurassic World se justifie pleinement par l'hommage qu'il rend au film de Steven Spielberg. Quand on aime, on ne refuse pas.

USA. Sortie : 10 juin 2015. Réalisé par Colin Trevorrow. Avec Bryce Dallas Howard, Chris Pratt, Vincent d'Onofrio, Jack Johnson, Omar Sy, B.D. Wong, Ty Simpkins, Nick Robinson ... Durée : 2h04.

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