SVP Utilisez une version d'Internet Explorer plus récente ou choisissez un autre navigateur.

Auteur

Partager

Breaking Bad, you're goddam right

Mardi, 18 Mars, 2014 - 18:35 (Dernière maj : ven, 28/03/2014 - 19:01)
Breaking Bad, you're goddam right
Il y a des séries qui marquent leur génération, qui font le consensus, s’élèvent au-dessus des autres comme touchées par la grâce. Elles sont rares. Breaking Bad en fait partie.

Avant de commencer cette critique, confortablement installé dans un camping-car faisant office de laboratoire du bon goût, il est de mon devoir de vous prévenir. Faire une critique objective de cette série a été une des épreuves les plus délicates qui soient.

D'abord, je la voulais courte pour être lue en quelques minutes, le temps d'un café. Il ne fallait pas tomber dans l'argumentaire de 6 pages, qui a monopolisé l'antenne pendant 30 minutes de Cult'N'Click.

Et encore plus délicat, il ne fallait pas tomber dans la simple déclaration d'amour de collégien, hurlant des "Walter White" les yeux humides.

Pari réussi? Voyons ça.

Avec des notes jamais égalées sur IMDB, adoubée aux Emmy Awards et aux Golden Globes, avec une audience en constante hausse (de un million pour le pilote, à dix millions de téléspectateurs pour le final), Breaking Bad nous met à genoux. C'est un constat. Le périple de Walter White, triste professeur de chimie atteint d’un cancer devenu génie producteur de méthamphétamine, n’a pas d’égal pour emmener le téléspectateur au distributeur de claques. Mais pourquoi? 

Orchestrée par un Vince Gilligan en roue libre, Breaking Bad passionne avec des ingrédients simples mais efficaces. La mise en scène particulièrement soignée surprend (l'introduction, la scène de la cuisine ou le coffre en bois de Jesse dans l’épisode final), à l’image des scènes d’introduction, poèmes déroutants allant d’une poupée flottante au cycle des pipes de Wendy.

Si l’intrigue ne vous lâche jamais, les protagonistes vous attachent plus que tout autre à cette sombre aventure. Skyler et Walter forment un couple évoluant sur un fil de rasoir. Jesse déambule dans les enfers et entretient avec son mentor une relation alternant sans transition l’amour entre un père et un fils et haine viscérale. Il est l’incarnation d’une jeunesse perdue, accro à la douleur et ses poisons. Caricature au premier abord, Hank se révèle enquêteur de talent, complexe, amoureux attaché au cercle familial, terrifié par les horreurs de son quotidien. Tous, jusqu’aux rôles secondaires, viennent apporter leur pierre à un édifice saisissant, pièces d’un puzzle artistique dérangeant et attachant. Mike Ehrmentraut incarne un nettoyeur aux mains ensanglantées, patron concerné, protecteur rêvé. Dans cette burlesque troupe, Flynn est le plus jeune et le seul à agir, à penser, comme il se doit, témoin d’un monde qui se dérobe sous ses pieds, témoin de la métamorphose d’un père.

L'interprétation n'est pas étrangère a cette adhésion massive à tous ces personnages. Excellents, quasiment tous les acteurs de la série ont reçu des prix ou ont été nominés, de l'indéboulonnable Bryan Cranston à Jonathan Banks. Une chose rare. Aaron Paul se révèle aux yeux de tous en Jesse Pinkman et apparait aujourd'hui comme un des acteurs les plus convoités d'Hollywood. 

Vince Gilligan a soigné son œuvre dans ses moindres recoins. Eclectique, la bande originale prend aux tripes, allant d’un goodbye musical vers la maison de retraite à un adieu entrainant, le gout du sang dans la bouche, sur le sol froid d’un labo. La série ne faiblit jamais, monte progressivement, pour se terminer à son apogée. Une œuvre complète, sans page inutile, sans question en suspens, sans épargner le téléspectateur qui souffre réellement avec ces personnages dans les trois derniers épisodes notamment,  et n'oublions pas l’admirable usage de symboliques, de sous-entendus, de silences poignants.

Breaking Bad, c’est le rêve américain poussé à son paroxysme. L’envie d’un homme de quitter ce monde en ayant réalisé son œuvre, quitte à tout détruire. Renaitre et mourir dans le bleu du cristal, dans le bleu de la vie.

Breaking Bad, c’est ce que mes yeux ont vu de plus abouti. La production télévisuelle que qu'ils ont eu le plus de mal à laisser partir. 

Crédits photo : AMC Breaking Bad

Commentaires