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Audioscopie: Cynic - Kindly Bent To Free Us

Mardi, 8 Avril, 2014 - 11:05
Audioscopie: Cynic - Kindly Bent To Free Us
Crédits image : season-of-mist.com
LA solution pour écouter de la musique de chevelus vénères sans que ta mère s’inquiète pour ta santé mentale.

Label: Season of Mist
Date de sortie: Fevrier 2014
Rayon: Rock Progressif  - Métal - Jazz Fusion

La fusion, Version musicale de la stratégie de l'échec

La fusion est un art délicat qui demande un certain doigté. Pour ceux qui auraient déjà goûté au plaisir des modélisations de populations statistiques, il leur suffira d’imaginer une distribution gaussienne. Pour les autres, qu’ils retiennent qu’ils ont la même chance de croiser Caroline Fourest à une soirée organisée par Pascal de French Bukkake que de tomber sur un bon groupe de fusion.

En plus d’être un art délicat, le mélange des genres est injuste, il récompense les mouvements depuis les extrêmes mais difficilement l’inverse. Selon cette théorie toute personnelle, s’acoquiner à un genre musical depuis une base « pop » n’aurait que peu d’intérêt. Force est de constater que les Linkin Park et Papa Roach outre-Atlantique, ou bien les Kyo et autres Shaka Ponk plus proche de nous, sont loin d’avoir révolutionné la musique. Même avec la chance d’être bien positionné sur cette gaussienne imaginaire, trouver la recette menant au bon équilibre s’est souvent avéré être éphémère (salut Rage Against The Machine (3 albums), coucou White Pony des Deftones, ça va Amanda Woodward (1 album) ? ça fait longtemps qu’on s’est pas vu les Red Hot époque Uplift Mofo Party Plan). Bref, on est là pour parler d’une manière ou d’une autre de fusion, tout en sachant que la déception ne peut pas être bien loin.

SINIK Cynic

Pour planter le décor, Cynic est le seul groupe de métal qu'un vendeur de la FNAC te conseillera de chercher au rayon Rap FR (expérience vécue). C'est aussi 3 gars qui s’accordent un minimum de 6 ans par album. Entre deux livraisons, un ou deux EP d’un niveau sensiblement inférieur peuvent être pondus histoire de rassasier les morts la faim. Passé ce délai les deux Sean et le petit Paul t’envoient 40 minutes maxi de musique directement dans la face, pour, comme l’expression moderne le dépeint parfaitement, « grave te laisser en chien ». Bref, quand Cynic lâche sa galette, il vaut mieux qu’elle soit succulente à défaut d’être bien garnie (analogie du pays des korrigans).

Cynic nous propose sa recette depuis maintenant plus de 20 ans, soit pour ce groupe prolifique, 3 albums (pour être tout à fait honnête je dois mentionner la séparation du groupe entre 1994 et 2006), ça laisse tout le temps nécessaire pour analyser la chose. Chacun de ses albums, dont il faut avouer qu’ils sont tous réussis, s’articulent autour des mêmes ingrédients : une bonne base technique de death métal, des compositions s’articulant autours d’une guitare aux riffs lisibles et efficaces et un chant asthmatique à tendance plaintive. En guise de glaçage s’ajoute un parti pris, le cap immuable du groupe depuis ses débuts : diluer leur bagage technique et affectif dans quelque chose de plus accessible, plus populaire (au sens noble du terme), d’où l’introduction sur la fusion et l’éphémerité de sa recette.

Tout ça c'est bien, mais on est là pour quoi ?

Cynic poursuit donc son bout de chemin après deux albums, Focus (1993) et Traced in Air (2008), plutôt connotés couillus pour le commun des mortels, car oui, le niveau de couillaison reste un concept relatif. Au menu de ce Kindly Bent To Free Us, exit les growls, au revoir la double pédale à toute berzingue et bye-bye le vocodeur systématique (on ne le regrettera pas celui-là). La musique s’en retrouve plus directe, plus franche. Masvidal nous fait cette fois-ci face entièrement nu, aucuns artifices ne venant masquer sa voix la plus claire partie du temps, et, ô surprise, son niveau de geignardise s’en trouve d’autant diminué.

Le principal reproche que l’on pourrait faire à l’album est sûrement son absence d’évolution dans la façon de composer les chansons depuis Traced in Air (2008). Le coup de patte du chef n’a pas su évoluer au cours de ses 6 années écoulées, et mine de rien, ça reste le temps imparti à la réalisation de deux doctorats, il y avait donc matière à recherches. L’autre bémol porterait sur la tracklist de l’album qui aurait pu être plus cohérente. La lecture de l’album s’en retrouve artificiellement complexifiée, requérant de l’auditeur plusieurs écoutes du disque avant de pouvoir en cerner les contours.

Cela mis à part, Cynic nous propose 41min de musique, pas plus donc qu’à l’accoutumée, formalisées en 8 chansons assez trapues et racées. La production y est impeccable. Elle nous présente une basse inhabituellement mise en avant (au point qu’elle en déconcertera certainement plus d’un) à tomber par terre avec ses influences jazzy. La batterie est au sommet de son art est capable de prendre le lead sur un Moon Heart Sun Head  très réussi, soufflant le chaud et le froid avec ses fûts aux accents de percus africaine. La guitare, plus en retrait que d’habitude, fournit toujours ces envolées terriblement efficaces. Le niveau technique  proposé est impressionnant et sait  continuellement rester au service de la mélodie. Ceux qui se retrouvaient sur Focus auront peut-être du mal à trouver leur compte ici, mais ne devaient déjà plus le trouver sur Traced in Air.

Moins de blabla, plus de fatra

Trois extraits pour ceux qui sont arrivés ici indemne, mais aussi pour les autres qui ont scrollé comme des dératés :

Morceau qui devrait décevoir les métalleux mais convertir les autres avec sa structure pop-rock couplet/refrain/couplet (décevante pour un groupe qui vaut clairement mieux que ça).

Un morceau qui devrait au contraire du premier plaire au métalleux. Une belle illustration du tantrisme musicale, un riff dantesque qui tarde à venir, retenu maintes fois avant libération.

Le morceau titre de l’album devrait finir par mettre tout le monde d’accord, plus besoin de discordances.

Le Fin mot de l'histoire

Au final, Cynic nous revient donc avec un très bon album, voir même, un grand album. Kindly Bent To Free Us vient clôturer avec brio cette trinité d’albums qui sera encore plus difficilement rangeable entre Glam Dycinn , Nocturnus  et autre Sepultura. Il faudra donc plutôt aller voir du côté du prog rock (Porcupine Tree  / King Krisom), avec des groupes comme Annimals as Leaders ou Opeth  en lisière du genre, pour trouver un son se rapprochant de ce Cynic. Kindly Bent To Free Us est l’un de ses rares albums capable de populariser un genre difficilement autrement accessible. C’est là que réside le succès dans la fusion, être capable de vulgariser son art sans le travestir.
J’évoquais au-dessus le concept de trinité, tant il est difficile d’imaginer que leur prochaine œuvre, si elle voit jour, tende encore vers plus d’accessibilité sans que le groupe ne perde son identité. Il va donc falloir à Cynic réinventer sa musique, tel qu’a su le faire avec succès certains groupe (n’en déplaise à certain je vais citer Radiohead), soit ressasser sans fin cette dernière rengaine avec, la nature n’aimant pas l’immobilisme, la certitude de l’égarement. Que ces 6 années à venir vont paraître longue…

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